Les effectifs dans les écoles sont observés par les DSDEN et prévalent dans les ouvertures et fermetures de classe. A l’heure où le ministère cherche à récupérer des moyens humains au détriment des conditions de travail des enseignants, une bonne nouvelle pointe le bout de son nez. Désormais, en maternelle, les élèves scolarisés en toute petite section compteront dans les effectifs globaux de l’école, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent.
Ainsi en octobre 2024, la sénatrice Michelle Greaume interpellait le ministère citant l’article L. 113-1 du code de l’Education qui prévoit que « les enfants de moins de 3 ans sont comptabilisés dans les prévisions d’effectifs d’élèves pour la rentrée ».
Dans les faits, la sénatrice relevait que cet article n’est pas souvent appliqué. Le ministère confirme la prise en compte des effectifs de TPS dans les effectifs globaux d’une école qu’elle soit en secteur prioritaire ou non : « l’article L. 113-1 du code de l’Éducation dispose que dans les classes enfantines ou les écoles maternelles, les enfants peuvent être accueillis dès l’âge de deux ans révolus dans des conditions éducatives et pédagogiques adaptées à leur âge (…). Dès lors que les enfants de moins de 3 ans sont scolarisés, ils sont comptabilisés dans les effectifs de l’école tant au niveau national que dans l’académie ».
Soulignons également que la scolarisation des enfants de moins de 3 ans n’est pas une obligationpour les collectivités et les écoles comme l’indique le ministère : « Le Conseil d’État a jugé que les dispositions de l’article L. 113-1 n’instituent pas un droit pour les enfants de moins de trois ans à être accueillis dans les écoles et classes maternelles, mais se bornent à indiquer au service public de l’enseignement que, lorsque cet accueil peut être organisé, il doit l’être en priorité dans les écoles et classes maternelles situées dans un environnement social défavorisé ».
La direction d’école
Les missions du directeur d’école évoluent depuis la loi Rilhac et les dernières consignes données aux IEN vont dans le sens d’une mise en avant très importante du rôle de pilote pédagogiquedes directeurs.
Ce changement de mission pour les directeurs implique des réunions, des formations, des injonctions de la part des IEN. Si l’évolution du métier de directeur d’école est souhaitable et qu’un véritable statut est nécessaire, on peut se demander comment les directeurs vont pouvoir gérer cette nouvelle mission sans temps supplémentaire.
En effet, le véritable problème de la direction d’école, c’est le manque criant de temps pour accomplir les missions. Chaque année apporte son lot de nouveautés censées simplifier les tâches administratives (LPI, SortieSco, PPMS unifiés…) mais qui au final ne font qu’augmenter le temps passé à remplir des fiches.
Les directeurs sont sous l’eau et à flux tendu toute l’année. Comment pourront-ils trouver le temps de gérer leur classe pour la plupart d’entre eux, gérer le quotidien et maintenant piloter la pédagogie de leur école ?
Le SNCL-FAEN continue de revendiquer avant tout une décharge d’une journée minimum pour tous les directeurs et une augmentation du temps de décharge des autres directeurs actuellement déjà déchargés. Il est temps que le ministère comprenne qu’être directeur est un métier à part entière et qu’il faut donc le temps de faire ce métier. Les directeurs n’ont pas à choisir entre la direction, la classe et la vie personnelle. Beaucoup d’entre eux utilisent leur temps personnel pour traiter les problèmes administratifs, ce qui n’est pas tolérable. Que le ministère se penche sur le temps de décharge de ses directeurs, qu’il leur donne les moyens d’agir sereinement au sein de leurs écoles et ensuite ces derniers pourront peut-être trouver le moyen de se pencher sur le pilotage pédagogique de leur équipe.
Inclusion à l’école
Tout enfant a le droit d’être scolarisé. Le principe est louable et les professeurs sont les premiers à souhaiter que tous les enfants puissent bénéficier de l’instruction.
Toutefois, l’inclusion montre peu à peu ses limites. En cause principalement, le manque de moyens financiers et humains. L’accueil d’élèves présentant des troubles du comportement ne peut se faire correctement que si l’élève est pris en charge aussi à l’extérieur dans des services de soins comme le CMP et bénéficie des compétences de neuropédiatres, psychologues, éducateurs spécialisés…
En maternelle, les élèves présentant ce genre de troubles sont rarement pris en charge à leur entrée à l’école. Ce sont bien souvent les professeurs qui alertent les familles.
Ces dernières ne réagissent pas toutes de la même façon, certaines prenant en compte les demandes de l’école très vite et d’autres ayant besoin de plus de temps pour accepter et faire des démarches.
En attendant, l’élève est accueilli à l’école et, selon les troubles repérés, cela peut devenir très problématique pour les équipes.
Les enseignants sont bien souvent démunis face au comportement violent et perturbateur de certains élèves. Comment gérer 25 élèves lorsqu’il faut courir après un élève qui veut s’enfuir ou qu’il faut contenir les coups d’un élève en crise ?
Quand l’élève grandit, des orientations vers des structures spécialisées adaptées aux difficultés de l’enfant sont définies. Malgré tout, bon nombre d’élèves se retrouvent dans le cursus ordinaire faute de place.
Les IME, ITEP… sont débordés et ne peuvent répondre à toutes les demandes. Ainsi les enseignants se retrouvent démunis et doivent accueillir ces élèves alors que le cursus ordinaire ne peut pas répondre à leurs besoins. Les familles et les enfants sont eux aussi en détresse puisque ce qui est bénéfique pour eux n’est pas accessible.
Le SNCL-FAEN demande à ce que l’inclusion ne soit pas juste une utopie mais bien une réalité portée par des moyens concrets.
Plus de places dans les structures spécialisées, des délais de prise en charge moins longs pour les enfants en attente de diagnostic et de soins, des AESH formées et dédiées à un ou 2 enfants ayant les mêmes besoins et non plus à 3 ou 4 enfants souffrant de pathologies différentes, desquels elles ne peuvent pas s’occuper correctement faute de moyens, des enseignants spécialisés et des psychologues scolaires plus nombreux pour venir en soutien des équipes.
1. Avez-vous vous déjà sollicité votre Compte Personnel de Formation ?
Concernant le CPF, le résultat de notre enquête est accablant. Plus de 90 % des collègues ne l’ont jamais sollicité. Lorsqu’on les interroge sur les raisons, ils sont 36,5 % à dire ne pas avoir trouvé de formation répondant spécifiquement à leurs besoins, 32,8 % à considérer ne pas en avoir besoin du tout, 12,5 % à ne pas avoir le temps de s’en occuper, et même 8,7 % à ignorer totalement l’existence du CPF ! Petit rappel historique : le DIF (Droit Individuel à la Formation), depuis le 1er janvier 2017 s’est transformé en CPF (Compte Personnel de Formation), qui, s’il accorde théoriquement davantage d’heures que le dispositif précédent, pose le problème du déplacement de la charge de travail : car en cas d’absence pour formation, le travail de l’administratif va s’accumuler et devra être rattrapé. Par ailleurs, demander une formation est une chose, mais l’obtenir en est une autre… Créer son compte CPF et chercher tout seul une formation pertinente constitue déjà un repoussoir. Enfin, les quelques chanceux qui arrivent à trouver quelque chose doivent encore voir leur demande validée par une commission, avec l’accord du responsable hiérarchique !
Dans ces conditions, l’accès au CPF est un véritable parcours du combattant ! Le SNCL demande sa refonte complète, ainsi que la dispense de l’accord du supérieur hiérarchique : la formation est un droit, pas une faveur !
2. Autres questions
Les réponses aux questions à choix multiples, dont vous pouvez retrouver les graphiques ci-dessous ainsi qu’en pièce jointe de cet article, apportent un peu de positif à l’appréciation de nos métiers : en effet, malgré toutes les difficultés rencontrées, vous êtes 64,2 % à estimer avoir un travail « tout à fait » ou « dans l’ensemble » intéressant. Vous êtes également 66 % à juger avoir une bonne relation avec votre hiérarchie. Toutefois, les deux tiers des répondants ont déjà rencontré des problèmes avec leur hiérarchie au cours de leur carrière, et presque autant ont déjà été confrontés à des problèmes matériels dans l’aménagement de leur espace de travail, tandis que près de la moitié des agents constatent actuellement des problèmes d’ergonomie dans cet espace.
Autant de problématiques pour lesquelles le SNCL va s’atteler à trouver des réponses concrètes dans les mois à venir. Nous vous remercions encore une fois d’avoir accepté de répondre à ce questionnaire et nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire.
Le SNCL remercie tous les personnels administratifs qui par leurs réponses à notre questionnaire ont pu rendre plus concrète l’appréhension de leurs situations de travail : votre parole est en effet essentielle pour permettre à notre action syndicale de porter des revendications qui soient en cohérence avec celles des agents.
Les questions ont été imaginées par une commission de notre Conseil national composée notamment d’un certain nombre de personnels administratifs. 23 questions ont été posées, dont 2 très ouvertes : l’une portait sur les changements à opérer dans l’exercice de vos missions, l’autre sur vos représentations de l’utilité de l’action syndicale. Vous avez été plus de 1600 à participer.
Nous vous proposons ce résumé en plusieurs thématiques, en commençant par une analyse des questions ouvertes, suivie d’un commentaire des questions à choix multiple avec graphique.
QUESTION OUVERTE N°1 : Selon vous, est-ce utile d’être syndiqué aujourd’hui et pourquoi ?
La grande majorité (63,3 %) des répondants approuve l’adhésion à un syndicat, et la justifie pour plusieurs raisons :
En premier lieu, la surexposition du corps enseignant par rapport à celui des administratifs est très souvent évoquée : différence de considération et de traitement de la part du ministère mais aussi des syndicats, différences de droit, notamment en ce qui concerne la prise en charge des situations de maladie, moins avantageuse pour les administratifs. L’absence des syndicats pour les CAPA et les avancements est aussi déplorée, même si ce problème affecte aussi le corps enseignant.
Une grande partie des répondants signalent aussi une absence des syndicats en cas de problèmes, un manque d’écoute et de conseil, et une méconnaissance du travail et des conditions des administratifs. Le peu de rencontres au cours de la carrière avec une personne physique vous représentant est déplorée, contrairement aux enseignants militants, plus nombreux et plus présents. Certains dénoncent aussi de mauvaises expériences avec d’autres syndicats qu’ils ont sollicités par le passé, où les personnes contactées n’ont pas été à la hauteur au moment propice.
Se dégage aussi des réponses un certain fatalisme face au rouleau compresseur administratif. Avancement de grade toujours en attente malgré les années et les entretiens professionnels favorables, perte inexorable du pouvoir d’achat avec le tassement des catégories C et B…, manque flagrant de requalification des personnels de C en B tout comme les B en A (notamment pour les postes de gestionnaires). Des conditions qui se dégradent aussi bien en services centraux qu’en EPLE.
Enfin, une politisation excessive des syndicats dans leurs revendications est aussi signalée.
Le SNCL ne saurait contredire ce constat. En tant que syndicat apolitique et indépendant (c’est-à-dire ne percevant aucune subvention de l’État ni d’aucun organisme public ou privé), nous veillons à conserver notre liberté de parole et d’action. Nous ne sommes redevables envers personne d’autre que nos adhérents, sans lesquels notre syndicat n’existerait plus.
Depuis quelques années, nous développons notre service de prise en charge syndicale des administratifs, avec des collègues administratifs militants du SNCL et en poste, au plus près du terrain et donc conscients des problèmes. Lors de notre dernier Congrès de Lyon en 2023 nous avons déjà établi une première base de motions que vous pouvez consulter sur le lien suivant :
Ce sont ces motions qui seront prochainement mises à jour grâce à cette enquête.
Depuis plusieurs années les syndicats ne sont effectivement plus présents dans les CAPA, dans l’indifférence voire la complicité de « grandes centrales syndicales », ce que nous avons toujours dénoncé. Petit à petit, les champs d’intervention des syndicats ont diminué, laissant ainsi les coudées franches aux décideurs des rectorats et inspections d’académie.
Nos moyens d’action sont aussi dépendants des résultats des Élections professionnelles, puisque ce sont les résultats de chaque scrutin qui déterminent les volumes horaires dont nous disposons durant les quatre années suivantes, pour dégager du temps à nos militants afin qu’ils se consacrent au travail syndical. Or, en 2022, beaucoup de collègues ont renoncé à voter face aux complexités informatiques, d’autres n’y ont trouvé aucun intérêt et soyons honnêtes, certains ne savaient même pas qu’il y avait des élections !
Avec seulement 40 % de taux de participation, la baisse du poids électoral diminue la force des syndicats pour négocier.
QUESTION OUVERTE N°2 : Si une chose devait être prioritairement améliorée dans votre travail, quelle serait-elle ?
Là encore, plusieurs grandes thématiques ressortent des commentaires reçus, que nous avons synthétisées en trois parties.
A. La rémunération :
C’est sans surprise l’élément le plus mentionné. Il s’explique par un grand tassement des grilles indiciaires des catégories C et B ces dernières années. Comment un collègue ayant plus de 15 ans d’ancienneté peut-il se retrouver à quelques centaines d’euros d’écart avec une personne qui débute dans la fonction publique ? En effet aujourd’hui le SMIC est exactement à 1801,80 € bruts depuis le 1er novembre 2024. Or un ADJAENES de seconde classe avec 15 ans d’ancienneté (échelon 8) est à 1895,27 €. Quelle paupérisation ! Des grilles qui n’évoluent plus, rattrapées par l’augmentation du SMIC. Le ministère ne pouvant payer en dessous du SMIC s’en tient au strict minimum. Dans ces conditions, il parait obligatoire et urgent de supprimer la catégorie C et de recruter à minimum en catégorie B dès le début de la carrière. D’autres ministères l’ont déjà fait, mais pas l’Éducation nationale. Une seule catégorie, avec une refonte complète de la grille indiciaire de la catégorie B, permettrait de gagner en attractivité et serait un juste retour par rapport au travail effectué.
D’autre part, l’ouverture du droit au paiement d’heures supplémentaires, ainsi que le droit à un 13ème mois, comme pour les agents qui dépendent des conseils régionaux, constituent des propositions bien reçues par la majorité des répondants (75,3 % d’opinion favorable).
B. Considération et reconnaissance
Le manque de considération de la hiérarchie constitue le second problème le plus dénoncé. Les collègues avec le plus d’ancienneté sont ceux qui ressentent le plus ce manque, ayant pu constater par eux-mêmes le changement de philosophie managériale au fil des décennies. La pression hiérarchique se fait toujours plus forte, alors que les agents sont déjà sous la pression de la démultiplication des tâches à accomplir.
C. Les locaux / bureaux
Le bâti scolaire et administratif français est vieillissant. Les quelques chanceux qui travaillent dans des bâtiments neufs ne sont qu’une minorité, et la plupart des agents souffrent dans des bâtiments qui ne respectent pas les normes d’isolation : froid en hiver et trop chaud en été ! Les problématiques de chauffage sont aussi régulièrement citées, de même que les défauts d’isolation des fenêtres. L’ergonomie des bureaux est aussi pointée du doigt : trop petits et trop souvent partagés, mal pensés, mobilier non adapté… Un plan national ambitieux de rénovation des bureaux des personnels devient nécessaire.
S’il est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre depuis plusieurs mois dans les ministères, les rectorats et les collèges, c’est bien celui des groupes de besoins. Le SNCL vous propose de prendre un peu de recul pour retracer l’évolution de ce dispositif et tenter d’en évaluer la pertinence.
Mesure phare du choc des savoirs initialement sous le nom de groupes de niveaux, ce système a rapidement été débaptisé pour prendre le nom de groupe de besoins. Simple modification sémantique ou modification de fond du principe ?
Face aux résultats catastrophiques des évaluations PISA en français et en mathématiques de 2022, le ministre de l’EN de l’époque, G Attal a cherché la solution miracle pour « remonter » le niveau de nos petites têtes blondes. Il a annoncé cette réforme qui consistait – sur le principe ! – à faire travailler les collégiens dans des groupes différents selon leur niveau à l’entrée au collège en fonction de leurs résultats aux évaluations de début d’année. Ce projet qui avait pour objectif de mieux répondre aux besoins de chaque élève pouvait présenter pour certains des aspects positifs. Présentés comme tels aux parents, dispensés en groupes à effectifs réduits, les cours en groupes de besoins étaient recouverts d’un certain vernis ne brillant qu’aux yeux de ceux qui ignoraient ce qui se cachait sous cette couche. Peu de collègues ont accepté avec beaucoup d’entrain de travailler selon ce principe, en toute connaissance dès le début de tous les obstacles auxquels ils allaient être confrontés.
De belles idées avaient pu germer dans l’esprit de ceux qui n’avaient pas trop réfléchi sur les conséquences ni pénétré dans un collège depuis de nombreuses années :
– on soutient les élèves le plus en difficulté ;
– on renforce les connaissances de ceux qui maîtrisent déjà très bien toutes les compétences.
– on accompagne chaque élève selon son rythme.
– on permet aux élèves de passer d’un groupe à l’autre selon les compétences travaillées.
Mais derrière cette annonce se cachait évidemment de nombreux problèmes qui n’ont pas mis longtemps à voir le jour.
Première vague de problèmes et de réactions
Nos collègues ont rapidement compris, souvent même avant l’application de la réforme, qu’une très grande homogénéité n’était peut-être pas la réponse idoine aux résultats catastrophiques des élèves de 6ème et de 5ème. Les groupes d’élèves qui devaient aller dans un groupe de « remédiation / faibles » ne représentaient pas un tiers de la classe, pas plus que ceux qui auraient pu travailler dans un groupe de « renforcement /bons ». Certes, quelques heures avaient été parsemées dans les DHG pour la rentrée 2024, mais souvent au détriment d’options telles que la chorale, les LCA (Langues et Cultures de l’Antiquité : grec et latin), certains dispositifs de soutien et autres. Et que dire de la réaction des élèves qui se retrouvent toute l’année dans les groupe des plus faibles, souvent en français et en mathématiques ainsi que celle de leurs parents ?
Et s’il s’agissait d’un passage en force ?
Mais malgré les réticences annoncées, un arrêté précisant ces nouvelles modalités a été publié le 15 mars 2024, signé de la main de la nouvelle ministre du moment, Nicole Bellouet. Cet arrêté modifiait l’arrêté du 19 mars 2015 sur l’organisation des enseignements jusqu’alors en vigueur dans les classes de collège.
Dès la préparation de la dernière rentrée, nous avons été contactés par de nombreux collègues qui se heurtaient à d’importants problèmes tant sur le principe de ces groupes que sur la disparition d’heures dédiées jusqu’ici aux options et sur aux difficultés évoquées par les chefs d’établissement pour établir un emploi du temps correct pour chaque enseignant. Et que dire de la multiplication des BMP, des besoins en temps de concertation non rémunérés, du travail en équipe obligatoire, tous les enseignants de ces deux matières devant suivre une progression commune ?
Certes un certain nombre de collèges a fonctionné cette sans mettre en place ces groupes de niveaux malgré la pression de la hiérarchie. Lorsqu’ils ont bénéficié de l’octroi de quelques heures, certains chefs d’établissement ont pu s’organiser pour soulager les effectifs des classes de 6ème et de 5ème. Mais les emplois du temps des enseignants qui ont appliqué les groupes en ont souvent subi les conséquences, le groupe classe étant éclaté par l’existence même du principe des groupes.
La décision du Conseil d’Etat
Face à la fronde « anti-groupes de besoins », anti « choc des savoirs », une demande d’annulation de ces groupes de besoin a été déposée auprès du conseil d’Etat qui a statué le 28 novembre 2024 : le décret a été annulé. Le conseil d’Etat a relevé qu’un ministre n’avait pas pleine compétence pour statuer sur les modifications de l’enseignement du français et des mathématiques au collège. Pour une décision aussi lourde de conséquences, seul le premier ministre était en droit de signer un décret.
Le décret du 6 avril 2025 !
Même si cette nouvelle a pu en réjouir plus d’un, la déception a été rapide. L’annulation du Conseil d’Etat portait davantage sur le principe juridique que sur le fond. Les textes ont parlé quelques mois plus tard : un nouveau décret, texte très formel, a vu le jour le 6 avril dernier. Ce dernier décret est signé cette fois par le premier ministre et confirme la possibilité de l’enseignement du français et des mathématiques en groupes d’élèves, levant ainsi tout blocage institutionnel et juridique reproché à la circulaire de l’ancienne ministre.
La ministre de l’Education Nationale avait déjà évoqué en janvier 2025 le fait qu’elle travaillerait à la poursuite des groupes en 6ème et en 5ème, mais n’étendrait pas le dispositif aux classes de 4ème et de 3ème comme cela avait été annoncé dans un premier temps. C’est ce qui a été confirmé pour la rentrée de septembre 2025.
Le SNCL salue cette relative prise de distance par rapport aux groupes de niveaux. Si notre syndicat s’est toujours montré critique vis-à-vis du collège unique, et plaide pour une meilleure prise en charge des élèves en difficulté et de l’hétérogénéité des classes, les groupes de niveaux tels qu’ils ont été mis en place ne peuvent apparaitre comme la bonne solution, au regard de l’ensemble de leurs défauts rappelés plus haut.
Un dispositif comme celui de l’heure de soutien et approfondissement, mis en place en 6ème en 2023, et hélas supprimé bien trop hâtivement par Gabriel Attal, apparait selon nous comme une solution bien plus pertinente, et mériterait d’être rétabli et généralisé à tous les niveaux.
Quel avenir pour la prépa- seconde ?
La prépa-seconde avait été instauré dans toutes les académies à la rentrée de septembre. Elle s’adressait aux élèves qui souhaitaient poursuivre leurs études au lycée mais n’avaient pas obtenu le DNB.
A la rentrée dernière, elle a accueilli 1 320 élèves dans 100 lycées. Il s’agit le plus souvent d’élèves en difficulté qui ont besoin de renforcer leurs acquis de collège pour pouvoir envisager une poursuite d’études au lycée et éviter un redoublement.
La validation obligatoire du DNB pour passer en seconde ayant été annulée, ce dispositif perdait quelque peu sa raison d’être.
De plus, on avait tendance à trouver dans ces classes un regroupement d’élèves avec souvent un an de retard, un IPS plus faible que dans les autres classes de lycée, et davantage de garçons que de filles, accentuant ainsi la ségrégation sociale. On peut désormais se poser la question de l’avenir de ces classes. Les textes réglementaires, rejetés quasi unanimement au Conseil supérieur de l’Education et malgré tout publiés le 26 mars 2025, ont prorogé ce dispositif pour l’année 2025-2026, en tant qu’année facultative de remédiation avant l’entrée en seconde. Mais la ministre a déjà laissé entendre la fin probable du dispositif à l’issu de cette période.
Sans doute une redistribution des moyens à destination des élèves de seconde en difficulté serait-elle plus profitable, pour les soutenir dans leur entrée au lycée qui demeure une marche difficile à franchir.
La réforme des lycées portée par Jean-Michel Blanquer ancien ministre de l’Éducation nationale visait à moderniser le lycée général et technologique pour mieux préparer les élèves à l’enseignement supérieur et au monde professionnel. Or depuis sa mise en place, elle ne cesse d’être modifiée à un point tel qu’on est en droit de se poser la question : que va-t-il rester de cette réforme et était-il vraiment nécessaire de réformer le lycée de cette façon ?
Pour rappel, quelles étaient les grandes lignes de la réforme ?
La suppression des séries L, ES et S et la réorganisation du baccalauréat général en un tronc commun et des enseignements de spécialité choisis par les élèves afin de personnaliser les parcours.
Un tronc commun allégé ou réduit (français, philosophie, histoire-géographie, langues vivantes, etc.) auquel s’ajoutent trois spécialités en première, puis deux en terminale.
La mise en place du contrôle continu représentant une part importante de la note finale du bac et censé valoriser le travail régulier… en réalité cela a favorisé et encouragé les pressions sur les enseignants !
Depuis sa mise en place plusieurs ajustements ont été apportés allant jusqu’à la suppression de pans entiers du texte, comme la disparition des E3C (Contrôles ponctuels en Cours de Formation) ou encore le fameux Plan Local d’Evaluation qui n’aura duré qu’un an !
Il en va de même en ce qui concerne les dates de passage des épreuves de spécialité, prévues en mars de chaque année, elles ont finalement été déplacées en juin avec la philosophie et le Grand Oral, ce qui ne permet plus leur prise en compte dans Parcoursup.
Peu à peu la réforme est ainsi détricotée et cette aujourd’hui ce sont les mathématiques qui sont concernées. La réforme les avait fait disparaître du tronc commun avec les conséquences que nous connaissons sur le niveau de nos élèves.
Décrochage des élèves en mathématiques depuis la réforme du lycée
Avec la réforme, les mathématiques au lycée se déclinent donc de la manière suivante :
La Spécialité Mathématiques que les élèves peuvent choisir en première et en terminale, spécialité recommandée pour ceux qui souhaitent poursuivre des études scientifiques, d’ingénierie, d’économie ou dans d’autres domaines nécessitant une solide formation en mathématiques.
Les Mathématiques Complémentaires ou Expertes : pour les élèves qui ne prennent pas la spécialité Mathématiques en terminale, des options existent comme les « Mathématiques complémentaires » (pour ceux qui ont abandonné la spécialité en terminale mais veulent garder un niveau correct) ou les « Mathématiques expertes » (pour ceux qui veulent approfondir davantage). Mais ce ne sont que des options, qui ne sont donc pas obligatoires.
Toutes ces conséquences, le SNCL les avait prévues et annoncées dès la mise en place de la réforme : le tout conduisant à une baisse préoccupante du niveau des élèves dans cette matière.
C’est bien la réforme Blanquer qui est à l’origine de la situation que nous connaissons aujourd’hui en supprimant l’ancienne filière scientifique et en faisant disparaître les mathématiques du tronc commun ! Mais ne nous voilons pas la face, il est vrai qu’il est aussi difficile de recruter des professeurs de mathématiques, les étudiants actuels se tournant vers d’autres voies professionnelles beaucoup plus attractives que le professorat…
De nombreux élèves se sont donc complétement détournés des mathématiques, créant un véritable fossé entre ceux qui choisissent d’approfondir la matière et ceux qui ne suivent plus d’enseignement dès la classe de première.
Une réaction tardive : l’épreuve anticipée de mathématiques
Il aura fallu attendre 2025 pour que le ministère réagisse et annonce la création d’une épreuve anticipée de mathématiques.
Cette épreuve s’adresse à l’ensemble des élèves des classes de première des voies générale et technologique. Elle est censée rétablir le niveau de mathématique des élèves dans le cadre du baccalauréat. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ?
Le SNCL a pu recueillir quelques informations sur ce que serait cette nouvelle épreuve anticipée qui s’ajouterait donc à l’épreuve anticipée de français, informations que nous mettons au conditionnel puisque des arbitrages sont encore en cours à l’heure où nous publions cet article :
Cette épreuve aurait une durée totale de deux heures.
Elle devrait entrer en vigueur pour la session 2026 du baccalauréat.
L’épreuve devrait avoir lieu après la mi-juin afin de permettre aux élèves de travailler l’ensemble du programme de la classe de première sur lequel ils seront évalués.
L’épreuve comporterait deux parties :
– une première partie notée sur 8 points.
– une seconde partie notée sur 12 points, dont l’énoncé du sujet portera sur le programme de mathématiques étudié par l’élève lors de son année de classe de première.
Si l’idée semble d’emblée intéressante afin de revenir sur l’aberration de la suppression pure et simple, cette nouvelle épreuve ne fait pas l’unanimité ni chez les professeurs qui expriment des doutes quant à la faisabilité de cette épreuve anticipée ni chez les élèves qui s’inquiètent de la charge de travail supplémentaire que cela induirait en classe de première.
Le constat du SNCL est le même depuis le début : la réforme a été mise en place trop rapidement et sans réelle concertation. Il faut prendre son temps lorsqu’il s’agit d’éducation et les réformes précipitées finissent toujours par être plus nocives que bénéfiques !
Les résultats du mouvement ont été annoncés le vendredi 14 mars à 12h aux participants sur I-prof, et par SMS pour ceux ayant renseigné un téléphone portable.
Si vous n’êtes pas satisfait de votre résultat de mutation, contactez-nous au 06 77 15 51 77 ou par mail à communication@sncl.fr
En effet, les participants peuvent déposer un recours individuel dans un délai de 2 mois suivant le résultat, soit au plus tard le mercredi 14 mai 2025.
La loi de transformation de la Fonction publique ne prévoit plus de réunion des instances paritaires pour les mutations. Le SNCL continue de dénoncer ce grand changement qui ne permet plus de vérifier les barèmes, ni d’apporter des améliorations au mouvement.
Le SNCL déplore le nombre de postes spécifiques et le nombre de postes à profil toujours aussi importants. En effet cela va à l’encontre de la transparence dans l’attribution des postes.
Phase intra-académique
Pour la phase intra-académique, le calendrier des demandes sur I-prof SIAM est fixé par chaque recteur d’académie. Toutefois le ministère a préconisé une ouverture des serveurs à partir du 12 mars (mais la date effective est définie par chaque rectorat).
N’oubliez pas que l’essentiel du mouvement se fait sur des postes libérés en cours de mouvement. N’hésitez pas à demander un poste qui vous intéresse, même s’il n’apparaît pas vacant sur les documents académiques.
Les demandes se feront exclusivement par le portail internet i-Prof.
Du fait de la suppression des CAPA il est absolument indispensable de prendre contact avec le responsable SNCL de l’académie qui vous conseillera dans l’organisation de vos vœux.
En effet, il n’y aura plus de vérification des barèmes par les représentants du personnel.
La moindre erreur de calcul de l’administration, ou un oubli de pièces justificatives de votre part, peut faire varier considérablement votre barème et mettre en péril votre projet de mutation.
Sur notre site, www.sncl.fr, consultez également les circulaires académiques ainsi que les barres inter.
Une question ? Contactez-nous sur le numéro dédié : 06 77 15 51 77 ou par mail à communication@sncl.fr
Qui participe à la phase intra-académique ?
• Tous les collègues nommés dans une académie à la suite de la phase inter du mouvement (sauf sur poste spécifique national) devront obligatoirement recevoir une affectation dans cette académie et donc formuler une demande.
• Les collègues dont le poste est supprimé à la rentrée 2025 (mesure de cartescolaire) doivent obligatoirement participer au mouvement intra (avec 1 500 points de priorité sur les vœux : ancien établissement, commune, département et académie).
• Les stagiaires déjà titulaires d’un autre corps de personnels enseignants, d’éducation ou d’orientation, qui n’ont pu être maintenus sur leur poste, participent aussi, obligatoirement au mouvement de l’académie (avec une priorité de 1 000 points sur le vœu département d’affectation précédent, priorité éventuellement étendue au vœu « tout poste » dans l’académie).
• Les personnels gérés hors académie, en détachement, affectés en COM ou en Andorre, en Ecole Européenne ou mis à disposition qui ont fait connaître leur intention de réintégrer leur ancienne académie, dès la phase inter-académique du mouvement, participent à la phase intra avec une priorité de 1 000 points sur le vœu département d’affectation précédent, éventuellement étendue au vœu « tout poste » dans l’académie.
Tous les collègues cités ci-dessus recevront obligatoirement une nouvelle affectation, y compris en extension s’ils n’obtiennent pas l’un des vœux (jusqu’à 20 voire 25 ou 30 selon les académies) qu’ils auront formulés. Afin d’éviter cette procédure, il faut utiliser au maximum les possibilités de vœux.
• Tous les titulaires de l’académie (y compris les ex-stagiaires maintenus sur leur poste) qui souhaitentchanger d’affectation participent au mouvement intra. S’ils n’obtiennent pas satisfaction, ils conservent leur poste actuel.
• Les collègues qui étaient en disponibilité ou en congé avec libération de poste, en réadaptation… gérés par l’académie et qui souhaitent y retrouver un poste doivent, pour l’obtenir, participer au mouvement intra.
La baisse de qualité des échanges sur le réseau nouvellement nommé X, et le climat délétère qui s’y développe faute de contrôle et de modération sur la plateforme, a amené le SNCL à prendre la décision de quitter X.
La communication syndicale indépendante et concrète ne s’arrête pas pour autant, retrouvez-nous sur nos tout nouveaux comptes Bluesky et Mastodon !
Pour chacun de ces réseaux, veillez à être abonné à notre page pour recevoir nos analyses syndicales sur les dernières actualités de l’éducation nationale, ainsi que nos astuces pratiques pour défendre vos droits et votre pouvoir d’achat.
Afin de vous accompagner dans cette transition, ou vous permettre de nous suivre pour la première fois, le SNCL vous a préparé des tutoriels simples (en pièce jointe de cet article) pour créer facilement votre compte Bluesky et/ou Mastodon. Au cas où vous partageriez notre choix concernant le réseau social X, nous vous proposons aussi un tutoriel pour quitter X, si vous le souhaitez.
Le passage du cyclone Chido a frappé Mayotte le 14 décembre, premier jour des congés de fin d’année pour les écoliers Mahorais qui, normalement, ne devaient pas reprendre le chemin des classes avant la rentrée prévue initialement le 13 janvier.
Début janvier, la ministre annonçait déjà une reprise à partir du 27 janvier, échelonnée selon les possibilités des établissements. L’État semble peut-être enfin prendre la mesure de la catastrophe qui a frappé cette île de l’Océan indien, proche de Madagascar.
L’île compte au global quelque 7 400 enseignants et 234 établissements scolaires (tous niveaux confondus) pour un total de 117 000 élèves. On dénombre 186 écoles maternelles, élémentaires et primaires réparties dans 11 circonscriptions qui comptent chacune entre 4 500 et 6 000 élèves.
L’académie compte également 22 collèges et 11 lycées polyvalents. La population mahoraise est jeune (un habitant sur deux est un enfant) et l’arrivée massive et régulière de migrants avant la catastrophe affectait déjà un système très fragile.
Les effectifs par classe sont très importants et dans le premier degré, les rotations d’élèves (classe le matin ou l’après-midi) existent depuis les années 2 000 pour faire face à l’afflux d’élèves.
La loi pour la confiance, publiée en juillet 2019 et ses décrets d’application dans la droite ligne des engagements du plan d’avenir pour Mayotte, a permis la création d’une académie de plein exercice au 1er janvier 2020, se substituant au vice-rectorat.
Ainsi une organisation administrative similaire à celle des académies de droit commun ultramarines, sous réserve de la répartition des compétences spécifiques à Mayotte entre l’État et les collectivités, est désormais en place. Le rectorat conserve la maîtrise d’ouvrage des constructions, de l’entretien et des fonctionnements des collèges et lycées (avec la construction de 4 lycées et 8 collèges dans le plan prévisionnel des investissements).
Un vaste chantier de constructions, de rénovations et d’agrandissements des établissements scolaires de l’île était en cours avant le cyclone (le lycée des métiers de Longoni, les lycées de Kwalé, Chirongui et M’tsangamouji, la restructuration des collèges de Tsimkoura et de Kani-Kéli).
L’extension du bâti est un des enjeux majeurs du système éducatif à Mayotte pour répondre aux sureffectifs encore constatés. Par ailleurs, des cuisines centrales et satellites devaient voir le jour, pour le bien-être des élèves, mettant fin au système de collations existant actuellement : pour de très nombreux enfants isolés, l’école est le seul endroit où il leur est possible de manger un unique repas journalier. L’accès à l’eau potable, à l’électricité et à un habitat en dur n’est pas non plus assuré pour tous les élèves de Mayotte. La situation des Mahorais et des Comoriens sans papiers était déjà précaire pour grand nombre d’entre eux : cette situation s’est aggravée depuis Chido.
Par ailleurs, si la plupart des établissements scolaires du territoire sont classés en Réseau d’Éducation Prioritaire (REP), depuis 2018, seulement 71 écoles et 9 collèges ont été classés en REP+.
Les conséquences du cyclone Chido sur les infrastructures scolaires
Les vents violents (jusqu’à 230 km/h) et les pluies torrentielles du cyclone ont durement affecté l’île : l’administration, les enseignants et les élèves se trouvent confrontés à des défis sans précédent pour que la reprise des activités scolaires puisse avoir lieu dans des conditions acceptables.
Le lycée Younoussa Banama à Mamoudzou avant Chido
Le lycée Younoussa Banama à Mamoudzou après Chido
Salle de classe du lycée Younoussa Banama
Mayotte compte également 3 500 étudiants, dont une majorité d’entre eux sont inscrits à l’université de Mayotte, les autres étudiants suivant des formations paramédicales, des BTS ou des classes préparatoires aux grandes écoles. Le BTS célébrera ses 22 ans cette année et le Centre Universitaire de Formation et de Recherche existe depuis 10 ans.
Comme tous les Mahorais, les étudiants de Mayotte et les personnels du service public de l’enseignement supérieur ont été durement touchés par le cyclone Chido. Les installations de l’université sont partiellement détruites. Aux destructions causées par le cyclone se sont parfois ajoutés des pillages de matériel informatique ou d’EPS et de fournitures scolaires, ainsi que des dégradations.
Etat des lieux post-cyclone
Marion (prénom fictif par respect d’anonymat), collègue enseignant l’histoire-géographie dans un collège de Mayotte, témoigne : « par chance mon logement a été épargné mais nous sommes restés 28 jours sans électricité, c’est-à-dire sans possibilité de conserver des aliments, sachant que la température dépasse souvent les 40°C en cette saison. Les vols commerciaux étaient suspendus et j’ai pu partir pour Paris seulement le 2 janvier pour un retour le 15. C’est court pour souffler un peu. Il faut savoir que nous n’avons vu personne dans notre rue si ce n’est EDM (Electricité De Mayotte) au bout de 15 jours. Le déblayage a été fait par les voisins et la situation en janvier demeure difficile sur un plan sanitaire : il y a des mouches partout et encore plus de rats que d’habitude. »
L’impression qui domine est d’avoir dû gérer la situation sans aide aucune pendant plusieurs jours : certains collègues ont perdu leur logement et peinent à se reloger, comptant sur les groupes WhatsApp d’entraide plutôt que sur le rectorat.
En outre, des contractuels devaient arriver en janvier pour la rentrée. Dans ces conditions, alors qu’il manque déjà des logements pour les personnels en place, comment les accueillir ? Notre collègue s’inquiète aussi pour ses élèves pour lesquels elle a créé un groupe Instagram.
Les échanges sur le réseau social montrent bien l’angoisse des élèves : « Moi je suis plus là-bas, nos maisons sont détruites mais ça va aller ». “Comment te sens-tu ?” « Pas très bien » « Est-ce qu’on aura cours ?» « Est-ce qu’on aura des professeurs puisque j’ai entendu dire que certains sont partis ? »
La crainte principale est la pénurie d’enseignants car selon les situations particulières (problèmes médicaux, perte de logement), le déficit pourrait s’aggraver. Actuellement le rectorat peine déjà à recruter les contractuels nécessaires car enseigner à Mayotte n’attire plus les titulaires. En effet à partir de la rentrée 2017, les décrets 2013 ont pris leur plein effet avec l’instauration de l’ISG (Indemnité de Sujétion Géographique) pour tous les collègues entrant à Mayotte. Ils ont marqué un recul notoire des compensations financières par rapport au système antérieur.
La baisse du plafond de l’abattement fiscal, la fiscalisation des indemnités, le refus d’augmenter l’indexation à hauteur du coût de la vie, le versement de l’ISG (indemnité de sujétion géographique) à un seul agent par couple, le blocage au premier indice du calcul de l’ISG, la pénalisation en cas de départ avant 4 ans, etc., n’ont pas contribué à rendre le territoire plus attractif, d’où un recours aux contractuels à Mayotte bien supérieur à ce qui est constaté dans les autres académies.
La rentrée fin janvier
La rentrée administrative au 20 janvier a surtout été l’occasion de faire le point ; les travaux de nettoyage et de consolidation sont en cours mais la situation est très différente selon les établissements, allant de quelques dégâts mineurs jusqu’à la destruction partielle, voire totale. Des préavis de grève ont été déposés par différentes organisations syndicales au vu des conditions de vie précaires prévisibles pour les personnels et les élèves. Le lundi 27 janvier, une manifestation d’importance a eu lieu dans les rues, mobilisant un grand nombre d’agents publics, dont ceux de l’Education nationale.
Du côté du rectorat, le discours se veut rassurant : « On aura quelques pertes », mais « on aura une grosse majorité d’enseignants présents sur le territoire » pour la rentrée scolaire, assurait le mardi 14 janvier sur France Culture Jacques Mikulovic, le recteur de Mayotte.
La ministre Elisabeth Borne a quant à elle finalement annoncé dans un courrier le report de la rentrée scolaire sur l’archipel un mois après le passage du cyclone Chido. Ce report « répond aux attentes du personnel et des maires. La ministre a été très à l’écoute », réagit le recteur. « Les personnels de direction demandent du temps pour remettre en ordre les établissements. Il va falloir aussi remettre en ordre l’état d’esprit des enseignants », ajoute-t-il. Le personnel éducatif, comme la majorité de la population, a été traumatisé, certains ayant perdu leur logement. « Ce qui mine le plus les enseignants, c’est que leurs logements n’ont pas été encore réparés (…) mais on aura une grosse majorité d’enseignants présents sur le territoire », rassure Jacques Mikulovic.
Marion, elle, n’imagine pas un retour à la normale dans son établissement : « nous sommes en REP, avec environ 30 élèves par classe et toutes les plages horaires, même entre 12 heures 30 et 13 heures 30, étaient déjà utilisées. Or, nous avons maintenant des classes non praticables… ». Le système de rotation sera nécessaire et intensifié : une perte d’heures de cours qui pénalisera en premier lieu les classes à examen.
Il semble d’ailleurs que la rentrée du 27 janvier ait été plus un recensement des élèves présents, une reprise de contact avec des adolescents éprouvés psychologiquement ayant besoin d’une aide spécifique par des professionnels : « Nous n’avons obtenu pour l’instant qu’une semaine de présence d’un psychologue et nous sommes à la capitale, Mamoudzou ».
D’après le ministère, trois permanences installées dans les établissements scolaires accueillent sur place les personnels pour leur proposer une écoute et un soutien psychologique. Ces permanences seront renforcées par le déploiement de trois cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) de l’Agence régionale de santé (ARS) dans le centre, le nord et le sud de l’île.
Un service d’écoute téléphonique (0 805 500 005), mis en place en lien avec la MGEN, est accessible gratuitement 24h/24 et 7j/7 pour l’ensemble des agents du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et du ministère des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative.
Les enseignants réclament néanmoins des professionnels formés sur place car tous les établissements ne disposent pas d’assistant(e) social(e), d’infirmier (e) ou de psychologue. Des formations accélérées pour savoir repérerla détresse des adolescents sont déjà à l’œuvre pour les enseignants, mais qu’en est-il de leur propre détresse ? Marion* pense que « la rentrée va être très dure au-delà du logistique, j’ai peur que la charge mentale des professeurs soit sous-estimée et qu’on nous en demande trop ».
Dans le premier degré, une autre enseignante nous explique qu’elle travaillera par rotation : une semaine en cours de 7 heures à 10 heures, la suivante de 10 heures à 12 heures 30 et la troisième de 13 heures 30 à 15 heures 30 et sa classe sera utilisée par des maternelles sur les autres plages horaires.
Les conditions de travail et de vie n’étaient déjà pas faciles dans cette île de l’Océan indien mais les inquiétudes portent actuellement autant sur la vie quotidienne (avec par exemple un pack d’eau à 12 euros, alors qu’il est fortement déconseillé de boire l’eau du robinet) que sur les conditions d’enseignement avec une connexion Wifi instable, des enseignants ayant perdu leur matériel informatique et une chaleur écrasante qui serait difficilement supportable pour certains établissements dans lesquels le Ministère envisage pourtant d’implanter des tentes.
Le ministère prévoit aussi des cours diffusés sur Mayotte Première, via la plateforme LUMNI… sur une île où une partie des habitants ont perdu leur logement ! et n’ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins élémentaires… Comment peut-on sans frémir préconiser de suivre des cours en ligne comme s’il s’agissait de simplement reproduire le travail à distance de la période COVID qui, d’ailleurs, avait posé de nombreux problèmes, même en métropole ?
Malgré les déclarations officielles, la situation à Mayotte reste donc très difficile et les conditions d’enseignement certainement dégradées pour longtemps.
Le SNCL et la FAEN à Mayotte
Sur l’île, notre fédération FAEN est représentée par l’un de ses syndicats membre, le SAEM (Syndicat Autonome des Enseignants de Mayotte), dont nous remercions notre collègue et président, Anrifina CHANFI, grâce à qui nous avons pu obtenir les informations les plus récentes.
Le SNCL a décidé de procéder à un appel aux dons qui va former un fonds d’urgence, dont le SAEM pourra disposer pour répondre aux premières nécessités sur place. Ces dons prennent la forme d’une cotisation de solidarité à prix libre, collectée via notre plateforme habituelle de cotisation HelloAsso. La ligne de cotisation de solidarité a été placée en tête des tarifs d’adhésion sur ce site.
Comme votre cotisation syndicale, tout don que vous ferez de cette manière donnera lieu à un reçu fiscal, vous permettant ainsi d’obtenir le remboursement des deux tiers de la somme donnée sur vos impôts (même si vous n’êtes pas imposable).
Pour faire un don, rendez-vous sur notre site internet et cliquez sur « adhérer », ou bien suivez cette adresse. Vous pouvez également faire un don par chèque (dans ce cas rapprochez-vous de votre trésorier académique, ou appelez le siège national au 09 51 98 19 42.
Vous pouvez faire un don même si vous n’êtes pas adhérent du syndicat. Le SNCL vous remercie d’avance pour votre générosité.
Il est de plus en plus demandé de formations hors temps scolaire, en présentiel, en distanciel synchrone ou asynchrone. Quelle est la législation en vigueur ? Faisons le point.
Les services statistiques du Ministère de l’Éducation nationale montrent une évolution significative des profils recrutés par les concours enseignants.
Le fait marquant est la diminution du poids des étudiants au profit de candidats ayant déjà eu une expérience professionnelle. Entre 2015 et 2017, 38 % des lauréats aux concours de professeurs des écoles avaient plus de 30 ans, alors qu’ils étaient deux fois moins nombreux en 1994, selon un article de la revue Éducation et formations publié au mois de décembre 2024. Dans le 2nd degré, sur la même période, ce sont même 42 % des lauréats qui avaient passé la trentaine au moment de leur réussite aux concours d’enseignants.
Ces néo recrutés ont toutefois des profils bien différents. Avant de devenir fonctionnaires, certains salariés étaient enseignants contractuels (de courte ou longue durée). Cela peut toutefois correspondre à des profils divers : soit des candidats n’ayant pas été admis aux concours enseignants et qui commencent à travailler en tant que contractuel en attendant la session suivante, soit des personnes en reconversion professionnelle qui utilisent le statut de contractuel provisoirement pour tester le métier.
Dans le second degré plus que dans le premier, le recours aux contractuels est fréquent. Le passage par le statut de contractuel est de plus en plus vu comme une passerelle vers une titularisation. Un contractuel du secondaire sur trois devient titulaire, majoritairement en tant que certifié ou PLP.
Mais le profil des reconvertis est loin d’être homogène. Par exemple, les cadres reconvertis dans le second degré sont particulièrement nombreux à avoir eu un emploi dans la Fonction publique avant d’obtenir le concours (68 %, contre 28 % dans le 1er degré), et notamment dans le domaine de la formation. Mais nombreux sont ceux qui abordent une carrière dans l’Éducation nationale comme une deuxième -ou troisième- chance.
Le SNCL est heureux d’accueillir ces nouveaux collègues mais se pose le problème de leur formation. Faut-il personnaliser cette formation en fonction du profil des lauréats ? Notre Institution le pense et y voit un moyen de « mieux accompagner » les enseignants reconvertis pour « assurer leur réussite professionnelle ».
Le SNCL pense qu’il y a là un danger de fragmenter encore davantage et séparer les collègues, d’atomiser les méthodologies sous couvert de personnalisation. Nous pensons au contraire qu’une fois recrutés, tous les néo enseignants doivent pouvoir bénéficier d’une formation solide et homogène qui leur permettra de pouvoir compter sur leurs collègues et favorisera les solidarités. C’est le but de nos métiers.